Asta Partners
Marchés publics

Répondre à plusieurs : groupement, cotraitance, sous-traitance

Groupement conjoint ou solidaire, rôle du mandataire, acte spécial, paiement direct : les deux façons de répondre à plusieurs, et ce que chacune vous fait porter.

Écrit par les consultants d'Asta Partners. Répondre à plusieurs est souvent la seule manière d'atteindre un marché plus gros que soi. C'est aussi le montage où les entreprises s'engagent le plus sans mesurer ce qu'elles signent : la différence entre un groupement conjoint et un groupement solidaire tient en une ligne du code, et en beaucoup d'argent.

La distinction de départ

Cotraiter et sous-traiter ne sont pas la même chose

Les deux mots sont employés comme des synonymes dans les conversations, et ils désignent deux situations juridiques opposées. La question à se poser est simple : qui a un contrat avec l'acheteur ?

Cotraitance (groupement)Sous-traitance
Qui est titulaireToutes les entreprises du groupement. Chacune est titulaire du marché.Une seule entreprise. Le sous-traitant n'a aucun contrat avec l'acheteur.
À quel moment ça se décideAvant le dépôt : le groupement candidate comme tel.Au dépôt, ou plus tard en cours d'exécution par un acte spécial.
Qui paie quiL'acheteur paie chaque membre, ou le mandataire, selon ce que prévoit le marché.Le titulaire paie son sous-traitant — sauf paiement direct par l'acheteur au-delà du seuil réglementaire.
Ce que l'acheteur peut refuserIl ne peut pas imposer une forme juridique déterminée pour candidater (article R2142-22).Il accepte le sous-traitant et agrée ses conditions de paiement (article L2193-4) : il peut donc le refuser.
État du droit au 13 septembre 2026.

Une conséquence pratique, et c'est la raison d'être de cette page : en cotraitance vous portez un engagement contractuel direct envers l'acheteur, dont l'étendue dépend de la forme du groupement. En sous-traitance, votre exposition est envers votre donneur d'ordre, et c'est lui qui répond de vous devant l'acheteur.

Notez au passage que l'article R2142-25 fait apprécier les capacités du groupement globalement : il n'est pas exigé que chaque membre détienne la totalité des capacités demandées. C'est exactement ce qui rend le groupement utile à une TPE — vous apportez votre spécialité, votre partenaire apporte la surface financière ou la qualification que vous n'avez pas.

La ligne qui coûte cher

Groupement conjoint ou solidaire

L'article R2142-20 définit les deux formes de groupement, et la formulation mérite d'être lue mot pour mot. Le groupement est conjoint « lorsque chacun des opérateurs économiques membres du groupement s'engage à exécuter la ou les prestations susceptibles de lui être attribuées ». Il est solidaire « lorsque chacun des opérateurs est engagé financièrement pour la totalité du marché ».

Autrement dit : dans un groupement conjoint, vous répondez de votre lot. Dans un groupement solidaire, vous répondez de tout, y compris de la part de votre partenaire s'il disparaît. Le même marché, avec les mêmes entreprises et la même répartition du travail, peut donc représenter un risque cantonné à votre chiffre d'affaires ou un risque égal au montant total du contrat.

  • Le conjoint est la position de repli raisonnable quand vous ne connaissez pas vos partenaires de longue date, ou quand leur part du marché dépasse ce que vous pourriez absorber.
  • Le solidaire rassure l'acheteur, et il arrive qu'il soit exigé par le règlement de la consultation. Il se justifie entre entreprises qui travaillent ensemble depuis des années et qui connaissent mutuellement leurs comptes.
  • Attention à la solidarité du mandataire. Même dans un groupement conjoint, l'article R2142-24 prévoit que le marché peut exiger que le mandataire soit solidaire de chacun des membres pour ses obligations contractuelles. Être mandataire d'un groupement conjoint n'est donc pas un rôle purement administratif : lisez cette clause avant d'accepter le mandat.

Deux règles de forme complètent le tableau. L'article R2142-21 permet aux documents de la consultation d'interdire de se présenter à la fois à titre individuel et comme membre d'un groupement, ou d'être membre de plusieurs groupements : vérifiez ce point avant de dire oui à deux partenaires concurrents sur la même consultation. Et l'article R2142-22 interdit à l'acheteur d'exiger une forme juridique déterminée pour candidater ; il ne peut l'imposer qu'après attribution, et seulement si c'est nécessaire à la bonne exécution du marché. Vous n'avez donc pas à créer une société commune pour déposer.

Le mandataire

Ce que porte le mandataire

Le groupement n'a pas de personnalité juridique. Il lui faut donc quelqu'un pour parler d'une seule voix, et c'est le mandataire. L'article R2142-23 prévoit que la candidature et l'offre sont présentées soit par l'ensemble des membres, soit par le mandataire s'il justifie des habilitations nécessaires ; et il pose une limite nette : un même opérateur économique ne peut pas être mandataire de plus d'un groupement pour un même marché.

Ce que le mandataire fait réellement, au-delà du texte :

  1. 1.Il centralise le dossierIl réunit les pièces de chaque membre, vérifie leur validité, et dépose un pli unique. C'est la partie visible, et la plus consommatrice de temps — courir après l'attestation sociale d'un partenaire à trois jours de la clôture est une expérience universelle.
  2. 2.Il porte l'interlocutionLes questions à l'acheteur, les réponses, les demandes de précision passent par lui. Un acheteur qui reçoit trois versions d'une même réponse par trois canaux différents en tire une conclusion sur la maturité du groupement.
  3. 3.Il assume la répartition en interneLa convention de groupement — document privé, que l'acheteur ne voit pas — fixe qui fait quoi, qui facture quoi, comment on arbitre un désaccord et ce qui se passe si un membre décroche. Elle n'est pas imposée par le code, et elle est la seule chose qui vous protégera de votre partenaire. Ne déposez pas sans elle.

Un mot sur l'article R2142-27 : pour les marchés de services, de travaux et de fournitures comportant des services ou des travaux de pose et d'installation, l'acheteur peut exiger que certaines tâches essentielles soient effectuées par un membre du groupement lui-même. Si votre montage repose sur le fait que personne dans le groupement ne réalise le cœur de la prestation, cette mention du dossier de consultation le rend impossible.

Sous-traitance

Déclarer un sous-traitant et obtenir le paiement direct

La sous-traitance est définie à l'article L2193-2 : l'opération par laquelle le titulaire confie à un tiers l'exécution d'une partie des prestations, sous sa responsabilité. Le sous-traitant est lui-même entrepreneur principal à l'égard de ses propres sous-traitants. L'article L2193-3 autorise le titulaire à sous-traiter une partie des prestations, et réserve à l'acheteur la possibilité d'exiger que certaines tâches essentielles soient réalisées directement par le titulaire.

Le point de vigilance est la déclaration. L'article L2193-4 pose que la sous-traitance est déclarée à l'acheteur, qui accepte le sous-traitant et agrée ses conditions de paiement. Ce n'est pas une information : c'est une autorisation. Deux moments sont possibles.

  • Au dépôt de l'offre. L'article R2193-1 détaille ce que la déclaration comporte : la nature des prestations sous-traitées, l'identité du sous-traitant, le montant maximum des sommes à lui verser, ses conditions de paiement, et le cas échéant ses capacités. S'y ajoute une déclaration du sous-traitant attestant qu'il n'est pas dans un cas d'exclusion. Dans ce cas, l'article R2193-2 est confortable : la notification du marché vaut acceptation du sous-traitant et agrément de ses conditions de paiement. Tout est réglé d'un coup.
  • Après la notification. Il faut alors un acte spécial de sous-traitance, remis contre récépissé ou envoyé en recommandé avec avis de réception (article R2193-3). L'article R2193-4 ajoute une sécurité utile : le silence de l'acheteur pendant vingt-et-un jours vaut acceptation et agrément.

Attention à un piège symétrique de celui du prix : l'article L2193-8 permet à l'acheteur d'exiger des justifications lorsque le montant de la sous-traitance paraît anormalement bas, et l'article L2193-9 lui permet, après vérification, de rejeter l'offre si la déclaration est faite au dépôt, ou de refuser le sous-traitant si elle intervient après la notification. Un sous-traitant affiché à un prix invraisemblable fragilise donc toute l'offre.

Vient enfin le mécanisme que tout sous-traitant devrait connaître. L'article L2193-10 prévoit que le sous-traitant accepté, et dont les conditions de paiement ont été agréées, est payé directement par l'acheteur dès lors que le montant de son contrat atteint un seuil fixé par voie réglementaire. Ce seuil est donné par l'article R2193-10, qui le fixe à 600 euros toutes taxes comprises — autrement dit, en pratique, presque toujours atteint.

Ce paiement direct n'est pas une faveur négociable. L'article L2193-11 précise qu'il est obligatoire et que toute renonciation est réputée non écrite ; l'article L2193-12 le maintient même lorsque le titulaire est en redressement, en liquidation judiciaire ou en sauvegarde. C'est précisément la situation où il sert : le sous-traitant continue d'être payé par l'acheteur quand son donneur d'ordre s'effondre. En dessous du seuil, ou hors du champ de ce chapitre, c'est l'action directe du titre III de la loi du 31 décembre 1975 qui s'applique.

La mécanique de la demande de paiement est encadrée : le sous-traitant adresse sa demande au titulaire, qui dispose de quinze jours pour donner son accord ou notifier un refus motivé (article R2193-12) ; passé ce délai, il est réputé avoir accepté les pièces qu'il n'a pas expressément refusées (article R2193-13). S'il refuse ou ne donne pas suite, le sous-traitant peut saisir l'acheteur directement (article R2193-14).

Le formulaire DC4, publié par la direction des affaires juridiques, sert de modèle à la déclaration de sous-traitance. Comme les autres formulaires DC, c'est un modèle commode et non une obligation : ce qui est exigé, ce sont les informations qu'il contient.

Quand ça casse

Ce qui se passe quand un partenaire défaille

Les montages à plusieurs tiennent jusqu'au premier incident. Deux questions reviennent.

Un membre du groupement disparaît entre le dépôt et la signature. L'article R2142-26 encadre étroitement ce cas : la composition du groupement ne peut être modifiée entre la date de remise des candidatures et la date de signature du marché que dans des situations limitées — opération de restructuration, rachat, fusion ou acquisition, ou impossibilité pour un membre d'accomplir sa part. Autrement dit, on ne remplace pas librement un partenaire qui se retire : on entre dans un régime d'exception dont il faut démontrer les conditions.

Un sous-traitant défaille en cours d'exécution. C'est le titulaire qui répond de la prestation devant l'acheteur : la sous-traitance est exécutée sous sa responsabilité. Remplacer le sous-traitant suppose une nouvelle déclaration, donc une nouvelle acceptation et un nouvel agrément — pas une simple substitution interne.

D'où trois précautions qui ne coûtent rien avant le dépôt, et beaucoup après.

  • Écrire la convention de groupement avant de déposer, pas au moment de facturer. Elle doit dire qui arbitre, comment on se répartit un avenant, et ce qui se passe si un membre ne tient pas ses délais.
  • Vérifier les pièces de vos partenaires vous-même. Une attestation sociale périmée chez le membre le plus petit fait rejeter la candidature du groupement entier. La confiance n'est pas une méthode de contrôle.
  • Déclarer les sous-traitants dès l'offre quand c'est possible. L'acceptation acquise à la notification vous évite l'acte spécial, ses délais et le risque d'un refus au moment où les équipes doivent démarrer.

Cette page dit ce que chaque montage vous fait porter. Elle ne rédige pas votre convention de groupement, et elle ne dit pas si le partenaire qui vous propose un groupement solidaire a les comptes pour l'assumer — deux points sur lesquels nos consultants regardent les pièces avant que vous ne signiez.

Faire analyser votre marché

Vous avez repéré un appel d'offres et vous hésitez à y aller : nos consultants le lisent avec vous.