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Marchés publics

Lire un dossier de consultation sans rien laisser passer

RC, CCTP, CCAP, acte d'engagement, DPGF ou BPU : à quoi sert chaque pièce, dans quel ordre les ouvrir, et ce qu'il faut en ressortir avant de commencer à rédiger.

Écrit par les consultants d'Asta Partners. Le dossier de consultation est le seul document qui dise comment vous allez être noté. La plupart des réponses perdantes sont rédigées par des entreprises compétentes qui ont lu le CCTP en premier et le règlement de la consultation en dernier : elles ont répondu au sujet, pas aux critères.

Le dossier

Ce que contient un DCE

Le dossier de consultation des entreprises — le DCE — est l'ensemble des pièces que l'acheteur met à disposition sur son profil d'acheteur. Sa composition varie, mais on y retrouve presque toujours les mêmes rôles. Deux de ces pièces sont définies par les cahiers des clauses administratives générales eux-mêmes : le CCAG travaux, approuvé par l'arrêté du 30 mars 2021, définit le CCAP comme « un document contractuel qui fixe les clauses administratives propres au marché » et le CCTP comme « un document contractuel qui fixe les clauses techniques nécessaires à l'exécution des prestations du marché ».

PièceCe qu’elle ditCe qu’elle vaut pour vous
RC — règlement de la consultationLes règles du jeu : date limite, forme des plis, pièces exigées, critères de jugement et leur pondération.La pièce la plus importante du dossier. C'est elle qui dit comment on gagne.
CCTP — clauses techniques particulièresCe qu'il faut faire : prestations, volumes, fréquences, performances attendues.La matière de votre mémoire technique et la base de votre chiffrage.
CCAP — clauses administratives particulièresComment le contrat se vit : délais, pénalités, révision des prix, paiement, résiliation.C'est ici que se logent les risques. Un CCAP mal lu se paie pendant quatre ans.
AE — acte d'engagementVotre offre engageante : identité, montant, durée, signature le cas échéant.Un formulaire à remplir sans en laisser un champ vide. Aucune créativité requise.
DPGF ou BPULe cadre du prix : décomposition du prix global et forfaitaire, ou bordereau de prix unitaires.À compléter sans modifier la structure fournie. Un cadre altéré rend l'offre difficilement comparable.
AnnexesPlans, inventaires de sites, états des lieux, cadre de mémoire technique imposé.Souvent là que se trouvent les vraies contraintes d'exécution.

Un point de vocabulaire utile : le CCAP renvoie le plus souvent à un CCAG, dont il existe six, tous approuvés par des arrêtés du 30 mars 2021 — travaux, fournitures courantes et services, prestations intellectuelles, marchés industriels, techniques de l'information et de la communication, maîtrise d'œuvre. Leur usage n'est pas obligatoire : un CCAG ne s'applique qu'aux marchés qui s'y réfèrent expressément.

L'ordre

L'ordre de lecture qui fait gagner du temps

L'ordre dans lequel vous ouvrez les pièces détermine le temps que vous allez perdre. L'instinct pousse vers le CCTP, parce que c'est le métier. C'est l'erreur : vous allez rédiger pendant trois jours sans savoir sur quoi vous serez noté.

  1. 1.Le règlement de la consultation, en entierRelevez la date et l'heure limites, les critères et leur pondération, la liste exacte des pièces à remettre, la forme imposée du mémoire technique s'il y en a une, et les conditions de participation. Rien d'autre : à ce stade, vous cherchez les règles, pas le travail.
  2. 2.Le CCTP en survol, vingt minutesPas une lecture, un repérage : volumes, périmètre, sites, ce qui est manifestement hors de votre portée. C'est ici que se décide le Go ou le No Go, et cette décision se prend avant d'avoir engagé des journées.
  3. 3.Le CCAP, en lecture attentivePénalités, délais, révision des prix, durée, conditions de résiliation. Un marché rentable sur le papier peut devenir intenable par ses pénalités. C'est la pièce que les entreprises lisent le moins et qui les engage le plus longtemps.
  4. 4.La DPGF ou le BPU, avant de rédigerLe cadre de prix révèle le découpage que l'acheteur a en tête, et parfois des prestations absentes du CCTP. Il doit être chiffré avant le mémoire technique, pas après : on ne promet pas des moyens que le prix ne finance pas.
  5. 5.Le CCTP en lecture complète, avec la grille des critères à côtéMaintenant seulement. Vous lisez le CCTP en sachant quelle réponse rapporte des points, et vous annotez au fur et à mesure la section du mémoire à laquelle chaque exigence appartient.

Ce détour coûte une demi-journée et fait gagner plusieurs jours, parce qu'il supprime la réécriture. Il produit aussi, mécaniquement, la liste de vos questions à l'acheteur — et celles-là ont une date de péremption : en procédure formalisée, les renseignements complémentaires sont envoyés au plus tard six jours avant la date limite de réception des offres (article R2132-6).

Le relevé

Ce qu'il faut extraire de chaque pièce

Un DCE se dépouille dans un tableau, pas dans une tête. Voici ce qu'il faut ressortir de chaque pièce, et l'endroit où ça sert.

Du règlement de la consultation. Les critères et leur pondération, recopiés mot pour mot avec leurs intitulés — ce sont les titres de vos sections. Les sous-critères, s'il y en a, avec leur poids relatif. La date et l'heure limites. La liste des pièces, numérotée. Le format et la longueur imposés au mémoire technique. Les conditions de participation, et les preuves acceptées. L'autorisation ou l'interdiction des variantes.

Sur les critères, deux règles encadrent ce que l'acheteur peut faire, et savoir les lire vous dit beaucoup. L'article R2152-7 prévoit que pour attribuer le marché à l'offre économiquement la plus avantageuse, l'acheteur se fonde sur « un ou plusieurs critères non discriminatoires et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution », et que les critères retenus « doivent pouvoir être appliqués tant aux variantes qu'aux offres de base ». Et depuis le 22 août 2026, l'article L2152-7, modifié par l'article 35 de la loi du 22 août 2021, impose qu'« au moins un de ces critères prend en compte les caractéristiques environnementales de l'offre », pour les consultations engagées à compter de cette date. Un critère environnemental n'est donc plus un bonus de bonne volonté : il est noté, et une réponse qui le traite en deux lignes génériques laisse des points.

Du CCTP. Les volumes et les unités, qui fondent votre chiffrage. Les fréquences et les délais d'intervention. Les contraintes de site : horaires, accès, co-activité, public présent, périodes d'interdiction. Les performances exigées et la façon dont elles seront mesurées. Les moyens imposés, s'il y en a.

Du CCAP. Les pénalités, avec leur assiette et leur plafond. Le délai de paiement. La formule de révision des prix, ou son absence — sur un marché de quatre ans, un prix fermé n'est pas un détail. La durée et les conditions de reconduction. Les cas de résiliation et leurs conséquences. Et, très concrètement : le dernier article du CCAP, qui contient la liste récapitulative des articles du CCAG auxquels le marché déroge. Ce paragraphe est court, presque jamais lu, et c'est le meilleur résumé du risque que l'acheteur vous transfère.

De l'acte d'engagement. Ce qu'il faut remplir, qui doit signer, et si une signature est exigée dès le dépôt.

Les signaux

Les mentions qui doivent vous arrêter

Certaines mentions ne demandent pas une note, elles demandent une décision. Les repérer en première lecture évite d'engager des journées sur un dossier perdu d'avance.

  • « À peine d'irrecevabilité », ou toute formule équivalente. Ce qui suit n'est pas noté : c'est éliminatoire. Traitez ces exigences en premier et vérifiez-les deux fois.
  • Une condition de participation que vous ne remplissez pas. Une qualification, un niveau de chiffre d'affaires, un nombre de références comparables. Regardez si un groupement la résout : les capacités d'un groupement s'apprécient globalement.
  • Un critère prix très largement pondéré sur une prestation où vous n'êtes pas le moins cher. À 70 % sur le prix, la qualité de votre mémoire technique ne rattrapera pas un écart tarifaire de 15 %.
  • Des critères sans pondération annoncée, ou une pondération qui ne totalise pas 100. C'est d'abord une question à poser, et ce peut être un motif de contestation.
  • Un CCTP qui décrit un produit ou un procédé unique. Le besoin peut être légitime ; il peut aussi avoir été rédigé avec le titulaire sortant. Posez la question des équivalences : la réponse est instructive dans les deux cas.
  • Un délai de remise très court sur un dossier volumineux. Ce n'est pas toujours une irrégularité, mais c'est toujours un renseignement sur vos chances face à un sortant qui connaît déjà le site.
  • Des pénalités sans plafond. Rare, et rédhibitoire pour une petite structure : le risque contractuel devient illimité.
  • Un cadre de mémoire technique imposé. Bonne nouvelle, en réalité : il vous dit exactement ce qu'on attend. Suivez-le à la lettre, y compris dans la numérotation.

Une dernière habitude, qui n'a rien de juridique : relisez le dossier de consultation une fois votre réponse terminée, la veille du dépôt, avec la seule question « qu'est-ce qui est demandé et que je n'ai pas fourni ? ». C'est la relecture qui rattrape le plus d'oublis, et elle prend une heure.

Cette page donne la méthode de lecture. Elle ne vous dit pas si le règlement de consultation que vous avez sous les yeux comporte une exigence intenable pour votre structure, ni si le CCAP vous transfère un risque que le prix ne couvre pas — c'est ce que nos consultants regardent, dossier en main.

Faire analyser votre marché

Vous avez repéré un appel d'offres et vous hésitez à y aller : nos consultants le lisent avec vous.