Mettre en place une veille sur les marchés publics
Codes CPV, périmètre, seuils : paramétrer une veille qui remonte peu d'alertes, mais les bonnes.
Écrit par les consultants d'Asta Partners, qui assurent la veille pour des entreprises dans plusieurs secteurs. Une veille qui produit quarante alertes par jour n'est pas une veille : c'est du bruit que personne ne lit au bout de trois semaines.
Où les marchés sont publiés, et à partir de quel montant
Avant de régler des filtres, il faut savoir où regarder — et comprendre que le montant du marché détermine où il est publié. Un marché de 50 000 euros et un marché de 6 millions ne se trouvent pas au même endroit, et une veille calée sur un seul canal laisse passer des pans entiers du marché accessible.
| Montant estimé du besoin | Ce que le code impose | Où vous le trouvez |
|---|---|---|
| Moins de 60 000 € HT en fournitures et services, moins de 100 000 € HT en travaux | Aucune publicité ni mise en concurrence préalables obligatoires (article R2122-8, dans sa version en vigueur depuis le 1er avril 2026). | Nulle part. Ces marchés se gagnent par la relation directe, pas par la veille. |
| De 90 000 € HT aux seuils de procédure formalisée | Un avis publié soit au BOAMP, soit dans un journal habilité à recevoir des annonces légales (article R2131-12). | BOAMP, journaux d'annonces légales, profils d'acheteur. |
| Au-dessus des seuils de procédure formalisée | Publicité européenne. La publication nationale ne peut pas précéder celle du Journal officiel de l'Union européenne (article R2131-20). | TED, le supplément du Journal officiel de l'Union européenne, et le BOAMP. |
Les seuils de procédure formalisée, pour la période 2026-2027, s'établissent à 140 000 euros hors taxes pour les fournitures et services des autorités publiques centrales, 216 000 euros pour ceux des autres pouvoirs adjudicateurs — dont les collectivités territoriales —, 432 000 euros pour les entités adjudicatrices, et 5 404 000 euros pour les travaux. Ils sont révisés tous les deux ans : vérifiez-les à la date de votre veille.
Ce que cela change concrètement pour le réglage : la tranche la plus accessible aux TPE et PME est aussi la plus mal couverte par les agrégateurs, parce qu'elle se publie de façon dispersée. Une veille qui ne surveille que TED ne voit que les gros marchés, sur lesquels vous êtes le moins compétitif.
Une conséquence contre-intuitive mérite d'être tirée de la première ligne du tableau. En dessous du seuil de dispense, l'acheteur n'a aucune obligation de publier, mais il doit tout de même, selon le même article R2122-8, veiller « à choisir une offre pertinente, à faire une bonne utilisation des deniers publics et à ne pas contracter systématiquement avec un même opérateur économique lorsqu'il existe une pluralité d'offres ». Autrement dit, il a une raison réglementaire de faire tourner ses fournisseurs sur ces petits marchés. C'est un argument concret à faire valoir dans une démarche directe auprès d'un service acheteur, et ces marchés ne remonteront jamais dans aucune veille.
Choisir ses codes CPV
Le vocabulaire commun pour les marchés publics classe chaque objet d'achat dans une arborescence à huit chiffres. C'est le filtre le plus structurant, et le plus mal réglé.
L'erreur classique consiste à prendre une famille entière — les deux ou trois premiers chiffres — parce qu'on craint de rater quelque chose. Le résultat est ingérable, et on finit par tout ignorer.
La méthode qui marche : partir de trois ou quatre marchés que vous avez déjà exécutés, relever les codes CPV réellement utilisés par les acheteurs, et construire la liste à partir de là. Les acheteurs codent souvent de la même façon pour un même type de prestation.
Prévoyez une révision trimestrielle : un code trop large se repère au volume d'alertes inutiles, un code manquant se repère quand un concurrent gagne un marché que vous n'aviez pas vu.
Fixer un périmètre réaliste
Le périmètre n'est pas votre rayon d'action théorique, c'est la zone où vous pouvez exécuter en gardant votre marge.
- le coût de déplacement quotidien des équipes, pour une prestation récurrente ;
- la possibilité d'héberger, pour un chantier lointain mais long ;
- les délais d'intervention que le cahier des charges impose ;
- la présence, ou non, d'un dépôt ou d'une agence dans la zone.
Un rayon défini par département plutôt qu'en kilomètres est généralement plus proche de la réalité : les acheteurs publics raisonnent par territoire administratif, et un département voisin peut être plus accessible qu'un point à cinquante kilomètres de l'autre côté d'un massif.
Les sources à surveiller
Une veille limitée au BOAMP laisse de côté tout le segment sous 90 000 € HT — souvent le plus accessible. Il faut donc combiner :
- Les profils d'acheteur des collectivités, bailleurs sociaux et établissements publics de votre zone. Inscription directe, gratuite, et c'est là que se trouvent les consultations sans publicité obligatoire.
- Le BOAMP pour les marchés de 90 000 € et au-delà.
- Le JOUE si vos montants le justifient.
- Les avis de préinformation, qui annoncent une consultation plusieurs mois à l'avance. Peu suivis, et pourtant c'est le seul moment où l'on peut préparer un dossier sans être dans l'urgence.
Du signal au Go/No Go
Une alerte n'est pas une consultation à traiter. Entre les deux, il y a un tri en deux temps.
Le tri automatique écarte ce qui ne passe pas les filtres : hors périmètre, hors seuils, objet manifestement différent. Il se règle une fois.
Le tri humain lit les avis restants — dix minutes par avis — et vérifie l'objet réel, les conditions de candidature et le délai. C'est à l'issue de ce tri que la consultation entre en Go/No Go, seule étape où l'on télécharge le DCE et où l'on engage du temps sérieux.
L'ordre de grandeur, sur une veille bien réglée : une centaine d'avis remontés par mois, une quinzaine lus, trois ou quatre arbitrés, un ou deux dossiers déposés.
Sources
Chaque énoncé de droit de cette page a été lu à sa source avant d'être écrit. Les seuils et les délais évoluent : les valeurs chiffrées sont datées dans le texte, et le règlement de la consultation de votre marché prime en toutes circonstances.
- Article R2131-12 du code de la commande publique — publicité obligatoire au BOAMP ou dans un journal habilité à partir de 90 000 € HT
- Article R2131-20 du code de la commande publique — la publication nationale ne précède pas celle du Journal officiel de l'Union européenne
- Article R2122-8 du code de la commande publique — marchés sans publicité ni mise en concurrence préalables
- Seuils européens applicables au 1er janvier 2026 — direction des affaires juridiques
- BOAMP — Bulletin officiel des annonces des marchés publics
- TED — supplément au Journal officiel de l'Union européenne
- PLACE — plateforme des achats de l'État
- Vocabulaire commun pour les marchés publics (CPV) — Commission européenne
Sources vérifiées le 13 septembre 2026.
Cette méthode se transpose à n'importe quel secteur. Elle ne détermine pas vos codes CPV ni votre périmètre rentable, qui dépendent de vos marchés passés et de votre structure de coûts — c'est ce qu'on règle en première semaine de mission.
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